mercredi 24 septembre 2008

La religion romaine (Que sais-je ?)

Pendant mes vacances, j'ai également lu La religion romaine d'Yves Lehmann (Que sais-je ? n°1890)

Cet ouvrage est très différent de La religion grecque que je vous ai présenté avant-hier. L'auteur s'intéresse plus au côté institutionnel de la religion. J'ai donc eu quelques déceptions à ce niveau, car j'attendais des infos sur certains dieux romains comme Janus et Saturne. Néanmoins, le bouquin est très intéressant tout de même, étant donné la complexité et la richesse de la vie religieuse romaine.

Après une brève introduction de 3 pages, Observations prélimitaires est un prologue de 7 pages :
I - La question des origines de la religion romaine : Cette partie discute de quelques théories passées sur l'origine de la religion romaine. L'auteur s'intéresse à la théorie du prédéisme, consistant à comparer les bases de la religion romaine à un animisme, comme le prouvent les cultes des divers numen (lares, pénates, etc.). Néanmoins, cette théorie allait un peu trop loin, par exemple lorsqu'elle supposait que Mars était une sorte de personnalisation de la lance...
II - Les caractères dominants de la religion romaine : conservatisme (survivance de rites très anciens, comme les diverses divinations), désacralisation des mythes (pas vraiment de mythologie, mais une histoire idéalisée), pragmatisme (les présages étaient interprétés avec beaucoup de souplesse)

Les institutions religieuses de la République Romaine est un premier chapitre de 30 pages démontrant la grande importance des institutions, plus impotantes que les dieux eux-même :
I - Les cadres de la religion romaine : présentation des divinités populaires des romains, les lares (dieux des lieux), Faunus / Silvanus (dieu du monde sauvage / des cultures), le monde des morts, les pénates (dieux des foyers). Concernant le passage du temps, Janus est le dieu des commencements (aube, nouvelle année, naissance de la royauté...), Angerona préside au Solstice d'hiver, Mater Matuta au Solstice d'été (le 11 juin pour être précis) ... mais c'est Vertumnus (d'origine étrusque ou sabine ?) qui dirige le cycle des saisons.
II - Aspects du culte public : présentation et explication de nombreux rites (prières, sacrifices, rites hérités des étrusques ou autres) et des divers sacerdoces : flamines majeurs (grands prêtres de Jupiter, Mars et Quirinus), flamines mineurs (grands prêtres de Volcanus, Volturnus, Portunus, Palatua, Carmenta, Flora, Pumona, Furrina, Falacer, Cérès et deux autres), Pontifes (dont le Pontifex Maximus), Vestales, Augures, Haruspices, Les Quinze (collège gérant lesLivres Sybillins et décidant des cultes publics autorisés), Epulons (chargés de l'intendance des repas), divers corps archaiques (Fétiaux ambassadeurs religieux, Saliens voués à Mars, Luperques voués à Faunus, frères Arvales bénissant les champs). Le chapitre discute aussi de l'organisation du calendrier.
III - Remarques sur les cultes privés : Le foyer était aussi un temple, où on vénérait le Lar Familiaris, les Pénates et le Genius du maître de maison. Lechapitre détaille les rites autour de la naissance, du mariage, de la mort... Certains dieux romains très spécialisés furent remplacés par desdieux plus importants (les dieux des bébés Pilumnus et Picumnus furent remplacés par Junon et Hercule).

Les dieux des romains sous la République est un deuxième chapitre de 19 pages.
I - Les formes de la présence divine : cettepartie détaille les différents origines de dieux : personification de concepts, héritage de concepts indo-européens (triade Jupiter-Mars-Quirinus), imporations étrangères (Diane latine, Diane aventine, Castor grec, Hercule, Mercure, Apollon, Asclépios...).
II - Problèmes de structure théologique : On discute de la classification des dieux selon leur importance, commme celle de Varron (dieux déterminés, dieux incertains, dieux principaux)
III - Le système théologique des Romains à la fin de la République et au début de l'Empire : Origines de la classification de Varron


Les transformations de la religion romaine est un troisième chapitre de 19 pages :
I - L'accroissement du capital divin pendant la seconde guerre punique : Gain de popularité de certains dieux pendant cette guerre punique, notamment Junon qui était protectrice de Carthage mais a fini par se ranger auprès des romains. Vénus gagna en popularité grâce à la légende troyenne (Énée descendrait d'elle). Cybèle fut invoquée pour mettre une déesse puissante au service de Rome.
II - Les courants de la religion romaine au lendemain de la seconde guerre punique : Arrivée de nombreux dieux étrangers, comme Dionysos. Succès de la mystique pythagoricienne.
III - Les grands conquérants et la religion à l'époque des guerres civiles : Les grands conquérants (Marius, Sylla, Pompée, César) mirent leurs victoires sous le patronage de Vénus (ou Hercule)...
IV - La crise des valeurs religieuses au 1er siècle : Décrédibilisée par les interventions politiques, la religion connut une crise importante...
V - La formule augustéenne de la religion romaine : ... mais Octavien / Auguste restaura et rénova les institutions religieuses, qui ont désormais l'Empereur à leur tête, comme Pontifex Maximus quasi-divinisé

Evolution, déclin et mort du paganisme romain est un quatrième chapitre de 40 pages :
I - Permanence et vitalité de la religion romaine : un résumé de la pratique religieuse sous les différents empereurs jusqu'à Commode : Julio-Claudiens (avec les extravagances de Caligula et Néron), Flaviens, Antonins. On examine aussi les cultes de l'Empereur, et les dieux favoris selon certaines provinces comme Apollon (Belenos)en Gaule ou Saturne (Baal) en Afrique.
II - Les nouvelles aspirations religieuses sous l'Empire : mysticismes divers, souvent importés (Cybèle, Sérapis, Mithra...).
III - Le passage du polythéisme au monothéisme : certains cultes deviennent pratiquement monothéistes, et des religions monothéistes comme le judaïsme ou le Christianisme ont du succès.
IV - La renaissance du paganisme au Bas-Empire : Au 4e sicèles, certains empereurs (Dioclétien, Julien) tentèrent de restaurer le paganisme, assez vainement
V - La disparition du paganisme romain : Si Constantin n'interdit pas le paganisme, ses successeurs s'en chargèrent avec succès...

Bref : cet ouvrage est intéressant dans le cadre de notre projet, puisqu'il montre la prééminence de la politique dans la constitution et l'évolution des religions. Ce qui est arrivé à Rome, arriva aussi certainement dans les colonies perdues de Mu, notamment l'Atlantide...

Source de la carte de l'Empire : http://bbouillon.free.fr/univ/hl/Fichiers/Cartes/emprom.htm

Shardanes, un JdR-en-1-page

Ma livraison hebdomadaire de Jeu-de-Rôle-en-une-page d'hier s'appelle Shardanes. Il traite des luttes des autochtones corses face aux envahisseurs en provenance de Sardaigne, et qui faisaient parti des fameux Peuples de la Mer qui ont donné du fil à retordre aux Hittites et aux Egyptiens.

Ces anciennes invasions n'ont pas laissé de traces dans des documents écrits, cependant des sites archéologiques corses prouvent qu'une civilisation mégalithique a dû résister à une invasion de peuples armés de métal, qui s'est installée dans le sud de l'île, laissant des Torres, sortes de tours-forteresses. Des statues-menhirs, représentant des hommes en armes, ont ainsi été retrouvées à plusieurs endroits, notamment sur le site de Filitosa, que j'ai eu la chance de visiter l'an dernier.


Mon petit jeu est assez minimaliste ; si vous cherchez des infos sur les Peuples de la Mer en général, ou les Shardanes en particulier, il existe quelques sites internet intéressants.

Liens
- Page corse sur les Shardanes
- Article Wikipedia sur les Shardanes
- Page sur les Pélasges (Peuples de la Mer)
- Mes JdR-en-1-page

lundi 22 septembre 2008

La religion grecque (Que sais-je?)

La semaine dernière, j'ai lu La religion grecque dans la collection Que sais-je ? (n° 1969, par Fernand Robert)

Ce livre explique la façon dont les dieux grecs sont apparus en Grèce ancienne. L'auteur a bien entendu une démarche historienne et scientifique, tentant de reconstruire la naissance de la religion. La mythologie qui s'est ensuite greffée dessus est bien entendu une aimable fable pour rendre de la cohérence à ce panthéon hétéroclite...

Croyance, mythologie et littérature : le premier chapitre de 17 pages présente le thème du livre en 4 points.
1/ Religion et mythologie explique la grande différence entre ces deux notions, et détaille certaines théories autrefois avancées pour expliquer la genèse des dieux grecs. L'école allégorique eut un certain succès, expliquant tous les dieux comme des personnifications de concepts, d'éléments... Il y eut ensuite l'évhémérisme interprétant les dieux comme des souverains ou héros des temps passés. Il y a aussi la méthode étiologique (ou sociologique), qui a plutôt la sympathie de l'auteur, expliquant que les mythes, et les dieux eux-même, s'expliquent par des rites et traditions qui leurs sont antérieurs.
2/ Les trois fonctions explique brièvement la théorie de Georges Dumézil, dont nous parlions il y a quelques semaines : la division, dans les cultures indo-européennes, des dieux principaux entre trois fonctions (souveraineté + prêtrise, guerre, production économique)
3/ Religion et littérature explique que les écrivains comme Homère et Hésiode sont les principales références en matière de mythologie et de cohérence entre dieux, alors que le peuple (et même les prêtres) n'yprêtent pas tellement attention.
4/ Pausanias : cet écrivain grec du 2e siècle est la référence principal de l'auteur, notamment par son Périégèse, une sorte de guide des temples de Grèce continentale.

Sanctuaires et rites : le deuxième chapitre de 38 pages discute des rites basiques, temples, sacrifices ... qui ont souvent précédé les dieux les expliquant ! L'auteur discute notamment des sacrifices chthoniens et ouraniens, correspondant respectivement à un bon repas entre fidèles, et à l'élimination des déchets (viscères, graisses, ossements...) par crémation. Voilà comment certaines pratiques cultuelles dérivent de pratiques culinaires. L'auteur s'étend également sur les rites de fertilité (notamment les fameux mystères d'Eleusis), les tabous autour de la mort, les jeux...

Quelques dieux, dans l'Olympe ou sans Olympe : le troisième chapitre donne en 56 pages de nombreux exemples de dieux et de leur apparition en Grèce.
I/ Hermès et les dieux inventés en Grèce même : Comment des tas de cailloux (herma) déposés le long des routes et aux carrefours ont fini par être décorés de statuettes et par finalement être incarnés en un dieu du voyage et du commerce
II/ Athéna : Comment les triomphes, de simples épouvantails (marquant un lieu de victoire), formés d'une croix avec un casque, un bouclier et une lance, ont fini par devenir une déesse de la victoire, puis de la sagesse, etc.
III/ Athéna, Déméter et Dionysos en Attique : Comment des fêtes des moissons et desvendanges ont pré-existéavant d'être associées à l'omnipotente Athéna, puis aux deux autres divinités plus spécialisées
IV/ Artémis et Athéna : Comment ces deux déesses sont restées longtemps concurrentes. Artémis est sans doute originaire d'Asie Mineure, bien qu'assez ancienne (citée dans les documents en linéaire B), et a absorbé de nombreuses déesses pré-helléniques (Hécate notamment)
V/ La triade apollinienne : Artémis, Apollon et Léto forment l'une des multiples triades, regroupées sans raison particulière...
VI/ Apollon et Poséidon : Ces deux dieux ont longtemps été concurrents, Poséidon était plutôt un dieu de la Grèce centrale et profonde, face à un Apollon cosmopolite
VII/ Aphrodite, Arès et Héphaïstos : un étonnant triangle amoureux formé de trois dieux disparates, l'orientale Aphrodite (importation d'Ishtar/Astarté), Arès réputé thrace et ce bon vieux dieu pré-héllène HéphaIstos (sans doute né à Lemnos)
VIII/ Dionysos : la tradition le prétend originaire d'Asie, mais des documents prouvent qu'il est grec depuis très longtemps ! Cette réputation est sans doute liée à l'existence de dieux très proches à l'étranger, comme le Sabazios thraco-phrygien
IX/ Héra, Zeus, l'Olympe et les douze dieux : Héra était l'ancienne grande déesse du Péloponnèse, peu à peu éclipsée par Zeus. De multiples cultures anciennes (notamment en Asie Mineure) ont à leur sommet une déesse-terre et un dieu-tonnerre... L'Olympe comme lieu de réunion des dieux est une construction mythologique assez floue, et d'ailleurs les 12 dieux présents varient énormément...

Principaux moments de la pensée religieuse : ce quatrième chapitre de 10 pages résume l'évolution de la religion grecque, notamment les étonnantes libertés prises par les écrivains et philosophes avec leur matière religieuse. Tout compte fait, c'est un quasi-monothéisme qui a dominé, notamment autour de l'omniprésent et protéiforme Zeus. L'auteur rappelle aussi qu'Asclépios fut la star incontestée des dieux grecs, jusqu'à une époque tardive.

L'ouvrage se termine par une abondante bibliographie et une table des matières.

Tout cela est très intéressant, puisqu'il montre la justesse de certaines intuitions de James Churchward, notamment dans son explication de la religion égyptienne dans L'univers secret de Mu. L'humanité est essentiellement monothéiste à la base, ensuite là-dessus se sont greffé des éléments animistes et l'adoration des héros. Et au fur et à mesure des échanges conquêtes, les religions locales et étrangères sont agrégées à la religion de la civilisation dominante... Nous y reviendrons !

dimanche 21 septembre 2008

Les races humaines (Que sais-je ?)

J'ai lu pendant mes vacances le livret Que sais-je ? n°¨146 consacré aux races humaines, par Henri-V. Vallois. Ce livre, originellement écrit en 1944, reste d'une lecture intéressante pour ceux qui veulent avoir un aperçu global des peuples humains, le terme de race étant devenu politiquement (et sans doute biologiquement) incorrect. Bien entendu, le livre contient quelques bribes de suffisance européenne (certaines races humaines seraient moins favorisées intellectuellement, etc.) mais ça reste léger et tout à fait acceptable dans le contexte de l'époque.

Le premier chapitre, Qu'est-ce-que la race ? (16 pages), revient sur l'histoire de cette notion, et les différentes classifications utilisées auparavant. L'auteur rappelle la distinction nation / race / ethnie (et la notion de l'époque de race française). Il liste les critères courants : pigmentation (couleur de peau, tache mongolique, couleur des yeux et descheveux), forme des cheveux, stature, forme de la tête (dolichocéphale, mésocéphale, brachicéphale), forme du visage notamment de la mâchoire et du nez, forme de l'oeil, groupes sanguins, etc. Historiquement, les classifications des races ont varié.

Les Egyptiens distinguaient :
- Rot : Egyptiens, peints en rouge
- Namou : au nez aquilin, peints en jaune
- Nashu : cheveux crépus, peints en noir
- Tamahou : blonds aux yeux bleux

L'ancien testament ditinguait :
- Fils de Cham
- Fils de Sem
- Fils de Japhet
Cette classification a été la référence pendant le moyen-âge, et les savants ont voulu classer les humains dans ces trois races. La question ne fut jamais résolue concernant les amérindiens !

En 1758, Linné définit quatre races humaines :
- L'homme américain
- L'homme européen
- L'homme asiatique
- L'homme africain
Cette classification resta longtemps populaire, malgré d'autres tentatives de classification allant parfois jusqu'à une cinquantaine de races.

En 1806, Blumenbach ajouta une race et modifia les noms, en définissant :
- Race caucasienne
- Race mongolienne
- Race éthiopienne
- Race américaine
- Race malaise
Malgré ces noms pas forcément heureux, cette classification eut un certain succès, notamment le concept de race caucasienne...

Desmoulins proposa 16 races en 1825, isolant notamment les Aïnous. En 1870, Huxley démontra l'originalité de la race australienne... Henri-V. Vallois adopte peu ou prou la classification de Denicker (1900) distinguant 27 races regroupées en 4 groupes raciaux.
Races primitives
- Asie : vedda
- Océanie : australienne
Races noires
- Afrique : éthiopienne, mélano-africaine, négrille, khoisan, mélano-indienne
- Océanie : négrito, mélanésienne
Races blanches
- Europe (et méditerranée) : nordique, est-européenne, dinarique, alpine, méditerranéenne
- Asie : aïnou, anatolienne, touranienne, sud-orientale, indo-afghane
Races Jaunes
- Asie : sibérienne, nord-mongole, centro-mongole, sud-mongole, indonésienne
- Océanie : polynésienne
- Amérique : eskimo, amérinde

La plus grande partie du livre est consacrée à définir ces races, avecun chapitre par zone géographique : l'Europe et le bassin méditerranéen (25 pages), l'Afrique sud-saharienne (15 pages), l'Inde (8 pages), l'Asie trans-himalayenne (10 pages), le monde océanien (15 pages), l'Amérique (13 pages). L'auteur détaille ces différentes races, en insistant sur leurs particularités. Bien sûr, les zones géographiques sont plus détaillées que les titres de chapitre le laissent penser : Madagascar et les Îles Andaman (au large de l'Inde) font ainsi partie du monde océanien.

Dans le dernier chapitre, L'évolution des races humaines, l'auteur expose ses théories personnelles sur les migrations humaines, pas vraiment en accord avec les théories actuelles. Il postule notamment la naissance de l'humain quelque part au nord de l'Inde...

Bref, voilà un ouvrage assez daté, mais une lecture assez intéressante permettant éventuellement de (re)découvrir des peuples méconnus. Le côté un peu obsolète de l'ouvrage est plaisant car il permet de prendre un peu de recul par rapport à la science actuelle ; c'est un recul bienvenu, surtout dans un projet comme le nôtre qui consiste à réécrire l'histoire.

Liens
- Article Wikipedia sur les races humaines